La Liberté sur la route

Bienvenue sur le blogue de notre journaliste dépêché avec les cyclistes d'À vélo pour mon drapeau

vendredi 28 mai 2010

En la Belle Province


L’arrivée de la délégation de cyclistes au Québec s’est faite sans grand tapage. Pas par le port de la capitale nationale, ni par la grande métropole. Ni par le pont de la Rivière des Outaouais – la Ottawa River pour les Anglos. Plutôt par la porte arrière; par le bois abitibien en fait. Avec un petit écriteau sur le bord de la
117 : Bienvenue au Québec. Accueil plutôt réservé s’il en est un; mais c’était sans savoir ce qui attendait les cyclistes à Rouyn-Noranda.

Car dès l'arrivée, un responsable du Groupe Vélos Rouyn-Noranda, Paul-Marcel Bisson, accueillait les cyclistes avec des biscuits, de la Taïga, bière locale, mais surtout avec un enthousiasme chaleureux et contagieux. Et un aréna vide et frais où dormir. Et un lac où se baigner tout l’après-midi, sous le soleil chaud de mai; mais bon, pour le lac, ça transcende Paul-Émile, donc on oublie ça.

Le lendemain matin, accompagné d’un cortège de policiers, de motocyclistes barrant les intersections et de voitures des médias, Paul-Émile menait les 29 cyclistes à travers les rues du centre-ville – merci, parce que les rues de Rouyn ne sont pas l’aboutissant d’une urbanisation planifiée. Dix kilomètres plus loin, des élus municipaux attendaient la délégation devant l’Hôtel de Ville, où discours furent prononcés et échange de drapeaux effectués. Jour de plaine flottait même dans le parc à la fin de la cérémonie, amenant cyclistes et bénévoles à se prendre par les épaules, portés par la musique. Moment émotif et touchant pour plusieurs. Sont-ce l’accueil, la fatigue, un certain sentiment d’accomplissement ou l’aboutissement de la mission approchant qui ont amené les cyclistes dans une telle effervescence? Probablement tous ces facteurs, en fait. Néanmoins, on sentait que la sincérité avec laquelle les Rouynorandiens présents sur place accueillaient la délégation, et aussi l’engouement avec lequel ils ont démontré leur support à la mission, ont particulièrement ému les cyclistes. Bertrand Boucher, directeur des communications à la ville, dans son allocution, y est d’ailleurs allé d’un hommage vibrant aux rouleurs : « On sent que le français perd de la vitesse. C’est courageux de votre part de traverser une partie du Canada pour la cause ! » Pas surprenant que Yan Dallaire, initiateur du périple, y soit allé d’un Wow bien senti en prenant le micro!

Et la route de l’Abitibi, elle est comment, que vous vous demandez ? Un peu raboteuse, mais elle est construite sur des gisements d’or; quand tu roules sur l’or, tu ne te plains guère, n'est-ce pas?

Et les cyclistes, eux, comment ils vont, que vous vous demandez ? J’en ai surpris quelques-uns, ce matin, lâcher « petite journée aujourd’hui; que 108 kilomètres ! » Ça dit tout.

mardi 25 mai 2010

Tout le long de la track

De Hearst à Grégoire’s Mills, la forêt boréale s’étend à perte de vue, longeant la route, et au-delà, laissant ça et là place à un lac ou une habitation. Mais jalousement, elle reprend vite possession de son territoire, prenant racine dans toute la vastitude du Nord Ontario.

À dévorer les kilomètres, les cyclistes ont pu en saisir de multiples facettes : la tranquillité, l’étendue, la richesse, l’éloignement, l’état sauvage – même les mouches paraissaient plus hostiles qu’ailleurs. Et au passage, ils ont pu constater que la région fourmille de Franco-Ontariens. Pourquoi – et comment – se sont-ils installés dans une région à l’apparence si inhospitalière?

« Du bleu du lac au vert de la forêt » * 1

Nous sommes dans les années 40. Le Québec, religieux et conservateur en politique autant que par ses mœurs, évolue au rythme de la ruralité. Même si l’urbanisation se confirme et s’intensifie, le gouvernement de Maurice Duplessis valorise le mode de vie rurale, plus conforme à ses valeurs traditionalistes.
L’Église, partenaire privilégié du gouvernement, partage évidemment le même avis, la ville étant vue comme le lieu de débridement par excellence, où matérialisme, individualisme et communisme sont autant de pièges tendus pour pervertir hommes et femmes.

Motivés par un tel contexte social – et surtout par les organisations, comme l’Union catholique des cultivateurs (U.C.C.), qui sont courroies des valeurs par leur endoctrinement intensif –, de nombreux citoyens prennent la voie des champs afin de trouver ailleurs au Canada une vie meilleure.

C’est ainsi que 50 familles du Lac St-Jean partent vers le Nord de l’Ontario. De 1950 à 1957, elles prendront bagages et s’installeront dans la région de Kapuskasing en de multiples communautés ayant toutes la proximité du chemin de fer comme point commun. Car il ne faut pas oublier que les chemins de fer nationaux trouvent eux aussi un avantage indéniable dans la colonisation de la région : créer des centres de consommation et de production et rentabiliser du fait même son réseau. Selon Lawrence Murray, fils d’un de ces défricheurs, « si la région est autant canadienne-française, c’est grâce à ces 50 familles qui se sont installées tout le long de la track. »

Cependant, même si le but des autorités concernées a bel et bien été accompli, les récompenses qu’ils ont fait miroiter aux francophones – des terres fertiles, prometteuses de luxuriance et d’affranchissement - se sont révélées inexistantes. Résilients, ceux-ci ont plutôt opté pour le travail en forêt et les mines. Et comme le souligne M. Murray – et les multiples enseignes commerciales le confirment –, plusieurs se sont tournés vers l’entrepreneuriat pour subsister.

Aujourd’hui, malgré les temps durs vécus par certaines communautés – les industries minières et forestières ont connu des jours meilleurs –, les descendants de ces familles continuent d’occuper la région. Tout le long de la track, ils ont à leur tour fait racines et continuent de forger le Nord de l’Ontario à leur image.

*1 : « Du bleu du lac au vert de la forêt » est le titre d’un album souvenir retraçant l’histoire des familles colonisatrices. Il est paru aux Éditions Cantinales.

samedi 22 mai 2010

Avec ou sans casque

Je ne sais pas si la tragédie – trois cyclistes morts, happés par une camionnette – qui s’est déroulée au Québec il y a une semaine a fait écho jusqu’au Manitoba. Ici, les cyclistes en ont peu parlé. Mais le concept de sécurité entourant le fait de rouler à vélo sur la transcanadienne fait souvent surface dans leurs conversations.

Et avec raison : partager la route avec des mastodontes de plusieurs tonnes roulant à 100 à l’heure aurait de quoi faire frémir les plus téméraires; avec ou sans casque, le cycliste ne fait pas le poids.

Cela fait une semaine que les cyclistes roulent et plusieurs fois en avons-nous entendu un avouer avoir certaines craintes après qu’un véhicule l’eut frôlé. Car si la très grande majorité des automobilistes sont courtois et se décalent dans l’autre voie lorsqu’ils passent les groupes, une minorité, avide de sensation forte où insouciante, se met au défi d’effleurer les cuisses gonflées des rouleurs.

Plus encore, la condition de la chaussée oblige souvent les cyclistes à rouler dans la voie, la route 11 n’ayant pas d’accotements à plusieurs endroits. Et avec les passages tortueux, une simple distraction peut devenir fatale.

Quel est donc le remède? Bannir les vélos des grandes routes, comme cela se fait au Québec avec la transcanadienne? Cela est réalisable, à condition qu’une voie alternative soit accessible aux cyclistes. Ce qui n’est évidemment pas le cas pour la transcanadienne, du moins pas dans le Nord ontarien. Instaurer des accotements de plusieurs pieds de chaque côté de la route? Peut-être, mais somme-nous prêts à en assumer les coûts ?

Un député du NPD ontarien a proposé un article de loi à la législature ontarienne plus tôt cette semaine : obliger les automobilistes à garder plus de trois pieds entre leur voiture et les cyclistes lorsqu’ils dépassent ces derniers sur la route – et jusqu’à 5 pieds sur les autoroutes. En application dans plusieurs pays européens de même que dans quelques États américains, elle vise évidemment à améliorer le bilan routier de la province, où 80 cyclistes sont admis quotidiennement à l’urgence pour des blessures diverses. Cependant, une telle loi serait problématique vu l’impossibilité pour le policier de mesurer précisément la distance; ipso facto, elle deviendrait facilement contestable par les automobilistes.

La voie à prendre est peut-être alors celle de la conscientisation, même si elle est longue et sinueuse. Car la situation n’est pas généralisée, loin de là. Mais la vulnérabilité des rouleurs est telle que le problème exige une réflexion.

mercredi 19 mai 2010

Meubler le vide (2)

Alors, reprenons d’où l’on s’était laissés : mon dernier article concernait le silence auquel sont confronté les cyclistes durant leur périple quotidien. Au silence, où plutôt au vide cérébral causé par la répétition d’un même mouvement plus de six heures par jour - fait complètement impertinent, chaque cycliste fera en moyenne 460 800 « tours de pédales » (appelée cadence en termes cyclistes) pour se rendre à Ottawa, et la délégation complète, 13 363 200. Et si vous vous rappelez bien, je rapportais qu’une cycliste s’était demandé combien de villages pourraient être électrifiés si l’énergie des « coups de pédales » était récupérée puis convertie. Réponse : je n’en ai aucune idée; tout ce que je sais, c’est que quand tu comptes tes coups de pédales en millions, tu t’arranges pour avoir un sacré mal de jambes.
Donc, retour au sujet principal. Au dîner, je jasais tranquillement avec un cycliste, dégustant la salade de pâtes de notre chef cuisinier, Joël. Je tente alors de faire dévier notre conversation vers le sujet ici traité. « Toi, tu pense à quoi quand tu roules ». Roulement d’yeux – comme s’il en n’avait pas assez de rouler tous les jours -, suivi d’un « rien ». Bon ça va être plus difficile que prévu. Je tente auprès d’autres pédaleurs la question existentielle, cette fois avec plus de subtilité. Après maintes discussions, en ressortent trois types de cyclistes.
Les automates
Ceux-ci roulent, point. Les plus rapides du groupe sont de cette espèce. Ils disent ne penser à rien, sauf à la route, aux rotations – car les cyclistes roulent en formation et changent de position comme le feraient les oies –, aux poussées, et à l’asphalte qu’ils auscultent. Et ça paraît lors des arrêts : leurs conversations tournent autour des derniers kilomètres, du vent, des côtes. « C’est stressant de rouler. T’as pas le temps de penser à autre chose », me dit l’un d’eux. Pas de philosophie ici; que de vrais pragmatiques.
Un rouleur qui écoute de la musique a aussi dit être de ce type. «Quand j’écoute de la musique, c’est comme si j’étais sur l’autopilot. Je ne pense à rien, je fais juste pédaler. »
Les idéalistes
Lunch de l’après-midi, du sommet des chutes Kakabeka. Le lieu est inspirant, c’est l’occasion rêvée de causer métacyclisme. Un jeune dit faire le périple pour se trouver seul avec lui-même, pour penser. À son futur entre autres : « Je veux trouver ce que je veux faire dans la vie. Je veux trouver une direction ». « Alors, après trois jours, tu te diriges où ? » Haussement d’épaules de sa part; « t’inquiètes, il te reste 11 jours. Tu devrais trouver. » J’aurais dû parler en termes de coups de pédales – «t’inquiètes, il te reste 316 800 coups de pédales. Tu devrais trouver »; c’aurait été autrement plus inspirant.
Les bucoliques
Ceux-là ressemblent aux idéalistes. Mais ils observent plus qu’ils ne pensent, scrutant les bords de la route à la recherche d’animaux. Notez qu’ils sont patients, la faune sauvage n’ayant pas tendance à s’exhiber au grand jour. Néanmoins, on peut dire qu’ils ont été choyés, plusieurs animaux ayant été répertoriés jusqu’à maintenant : des orignaux, un renard, un puma (ou chat sauvage, les versions diffèrent), une chèvre et son chevreau, des faucons, un ours. Seul bémol : je soupçonne le soleil plombant d’amener certains cyclistes à s’embraser dans des fabulations bestiales. Notamment pour le puma.
Comme vous le voyez, l’analyse reste sommaire. Et non-exhaustive, bien sûr. Mais je tenterai au fil des jours d’approfondir mon analyse pour vous permettre de bien saisir la dynamique cycliste.
Et le tour en soit, comment ça va, que vous vous demandez ? Bien. Très bien, en fait.

dimanche 16 mai 2010

Meubler le vide

C’est une évidence, peut-être même un euphémisme : notre société nous conditionne - et valorise - le multitâche. Lire le journal, en déjeunant, pendant que les manchettes défilent à la télévision et qu’on planifie notre journée est le standard de bien des gens. Nous semblons corollairement avoir perdu notre capacité à faire face au silence; par habitude ou inconfort développé, nous tentons de remplir chaque temps libre où nous sommes laissés à nous-mêmes. En automobile : ouvrir la radio. À la maison, la télévision, ou lire un livre, ou les deux, pourvu que ça ne nous confronte pas directement au silence.
Cet inconfort face au silence, au vide, les autobus de ville en sont la parfaite incarnation : regardez autour de vous combien de gens ont les tympans visés à leur lecteur de musique ou le téléphone porté à l’oreille. Simple habitude ou incommodité généralisée, peu importe. La constatation reste la même : plusieurs ne peuvent supporter le fait d’être seul avec leurs pensées. Ils ont besoin d’un stimulateur externe, d’un conditionneur, ou d’une échappatoire, c’est selon.
Mais les cyclistes, eux, ils sont confrontés à ce silence pendant plus de huit heures par jour - ne soyez pas dupes, un comité d’accueil ne les attend pas à chaque détour. Et la plupart n’ont pas de lecteur de musique; bien sûr, certains parlent ou observent le paysage. Mais inévitablement, tous passent par le moment où ils sont confrontés à un silence. Et c’est à ce moment qu’ils doivent se plonger dans des pensées assez prenantes pour oublier les 35 000 tours de pédale quotidiens. Alors, ce vide, ils le meublent comment ?
Je me suis demandé si le sujet était d’intérêt. Première fois où je l’aborde, lors du dîner d’aujourd’hui, une cycliste confie s’être demandée combien de villages il serait possible d’alimenter en électricité si la force générée par les coups de pédales de toute la délégation pouvait être convertie en énergie. Wow; non seulement sportifs, ils sont visionnaires ces cyclistes ! Première réponse très intéressante; j’ai convenu qu’il était pertinent de sonder le reste de la délégation.
Je me mets à la tâche dès le déjeuner et vous reviens là-dessus très bientôt. Et de votre côté, essayez de le confronter, ce fameux silence. Une heure d’automobile sans radio. Vous m’en reparlerez.

samedi 15 mai 2010

La Grande séduction

« C’est comme la petite séduction, c’est awesome. » Voilà la première réaction d’un des cyclistes après avoir posé le pied à Sainte-Anne, où un groupe de jeunes élèves attendaient la délégation pour témoigner de leur appui au périple. J’ai ri sur le coup, mais en y pensant bien, le cycliste n’avait pas tort; en effet, c’est comme la petite séduction – émission télévisée où des citoyens de villages québécois tentent de séduire une vedette leur rendant visite –, mais inversée. Je m’explique.

Les cyclistes, drapeau bien haut, parcourront ces 16 prochains jours nombre de villages du Manitoba, d’Ontario et du Québec. Certains de ces villages leur feront même l’honneur de les accueillir dans des écoles ou centres communautaires. Le but de la délégation, comme vous le savez : montrer que la communauté franco-manitobaine se tient, a une identité propre, est en santé, etc. Et éventuellement se mettre en shape, comme ils disent, mais ce n’est pas où je veux en venir.

Là où je veux en venir, c’est que comme dans l’émission télévisée, ils veulent en quelque sorte séduire les communautés, les charmer. Seule différence, ils sont en mission mobile; au lieu d’accueillir une vedette à Saint-Boniface – dans un contexte contrôlé, avec des activités tournées au quart de tour, un animateur de foule, la possibilité de reprendre les prises de vue –, ils se déplacent avec leur vélo et un drapeau, tentant de rallier non pas une mais des centaines de personnes à leur cause. Vrai, ils ont une équipe de soutien qui leur apporte nourriture et breuvages. Néanmoins, leur mission reste aussi ardue et bien plus imprévisible. Réussiront-ils à charmer les citoyens de chaque village rencontré à venir festoyer au Festival du Voyageur ? Évidemment pas. Mais une chose est certaine, ils réussiront probablement à donner à chacun une idée du drapeau; à leur donner quelque connaissance sur la cause française au Manitoba. De sorte que plusieurs villages ignorant présentement la signification de l’étendard – ou même l’existence d’une communauté francophone au cœur de la Prairie – seront mis devant le fait accompli chez eux, dans leur village, dans leur rue. Pas de faux, pas de réalisateurs, ni de discours préparés. 28 cyclistes, un drapeau, et quelques bénévoles. En fin de comte, ce n’est pas qu’une petite séduction inversée. Ce qu’ils font, avec l’arrivée au Parlement – et toute la signification derrière -, on appelle ça une Grande séduction.

lundi 10 mai 2010

Plus que quelques jours avant le départ !

Comme vous le savez, À vélo pour mon drapeau s'amorce le vendredi 14 mai. Le départ sera donné dès 7h de la tombe de Louis Riel, à la Cathédrale Saint-Boniface.
Un 17h à 19h sera aussi organisé le jeudi 13 mai au Jardin de sculptures de la Maison des artistes visuels francophones. Cette cérémonie de départ sera l'occasion pour la communauté de se rassembler une dernière fois afin d'encourager la délégation dans sa traversée et lui témoigner son appui. Au menu: BBQ, hot-dogs gratuits et spectacle de Daniel ROA.

Venez en grand nombre !