C’est une évidence, peut-être même un euphémisme : notre société nous conditionne - et valorise - le multitâche. Lire le journal, en déjeunant, pendant que les manchettes défilent à la télévision et qu’on planifie notre journée est le standard de bien des gens. Nous semblons corollairement avoir perdu notre capacité à faire face au silence; par habitude ou inconfort développé, nous tentons de remplir chaque temps libre où nous sommes laissés à nous-mêmes. En automobile : ouvrir la radio. À la maison, la télévision, ou lire un livre, ou les deux, pourvu que ça ne nous confronte pas directement au silence.
Cet inconfort face au silence, au vide, les autobus de ville en sont la parfaite incarnation : regardez autour de vous combien de gens ont les tympans visés à leur lecteur de musique ou le téléphone porté à l’oreille. Simple habitude ou incommodité généralisée, peu importe. La constatation reste la même : plusieurs ne peuvent supporter le fait d’être seul avec leurs pensées. Ils ont besoin d’un stimulateur externe, d’un conditionneur, ou d’une échappatoire, c’est selon.
Mais les cyclistes, eux, ils sont confrontés à ce silence pendant plus de huit heures par jour - ne soyez pas dupes, un comité d’accueil ne les attend pas à chaque détour. Et la plupart n’ont pas de lecteur de musique; bien sûr, certains parlent ou observent le paysage. Mais inévitablement, tous passent par le moment où ils sont confrontés à un silence. Et c’est à ce moment qu’ils doivent se plonger dans des pensées assez prenantes pour oublier les 35 000 tours de pédale quotidiens. Alors, ce vide, ils le meublent comment ?
Je me suis demandé si le sujet était d’intérêt. Première fois où je l’aborde, lors du dîner d’aujourd’hui, une cycliste confie s’être demandée combien de villages il serait possible d’alimenter en électricité si la force générée par les coups de pédales de toute la délégation pouvait être convertie en énergie. Wow; non seulement sportifs, ils sont visionnaires ces cyclistes ! Première réponse très intéressante; j’ai convenu qu’il était pertinent de sonder le reste de la délégation.
Je me mets à la tâche dès le déjeuner et vous reviens là-dessus très bientôt. Et de votre côté, essayez de le confronter, ce fameux silence. Une heure d’automobile sans radio. Vous m’en reparlerez.
dimanche 16 mai 2010
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Wow ! Quelle constatation fascinante ! J'ai hâte d'en entendre les résultats !
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