La Liberté sur la route

Bienvenue sur le blogue de notre journaliste dépêché avec les cyclistes d'À vélo pour mon drapeau

mercredi 19 mai 2010

Meubler le vide (2)

Alors, reprenons d’où l’on s’était laissés : mon dernier article concernait le silence auquel sont confronté les cyclistes durant leur périple quotidien. Au silence, où plutôt au vide cérébral causé par la répétition d’un même mouvement plus de six heures par jour - fait complètement impertinent, chaque cycliste fera en moyenne 460 800 « tours de pédales » (appelée cadence en termes cyclistes) pour se rendre à Ottawa, et la délégation complète, 13 363 200. Et si vous vous rappelez bien, je rapportais qu’une cycliste s’était demandé combien de villages pourraient être électrifiés si l’énergie des « coups de pédales » était récupérée puis convertie. Réponse : je n’en ai aucune idée; tout ce que je sais, c’est que quand tu comptes tes coups de pédales en millions, tu t’arranges pour avoir un sacré mal de jambes.
Donc, retour au sujet principal. Au dîner, je jasais tranquillement avec un cycliste, dégustant la salade de pâtes de notre chef cuisinier, Joël. Je tente alors de faire dévier notre conversation vers le sujet ici traité. « Toi, tu pense à quoi quand tu roules ». Roulement d’yeux – comme s’il en n’avait pas assez de rouler tous les jours -, suivi d’un « rien ». Bon ça va être plus difficile que prévu. Je tente auprès d’autres pédaleurs la question existentielle, cette fois avec plus de subtilité. Après maintes discussions, en ressortent trois types de cyclistes.
Les automates
Ceux-ci roulent, point. Les plus rapides du groupe sont de cette espèce. Ils disent ne penser à rien, sauf à la route, aux rotations – car les cyclistes roulent en formation et changent de position comme le feraient les oies –, aux poussées, et à l’asphalte qu’ils auscultent. Et ça paraît lors des arrêts : leurs conversations tournent autour des derniers kilomètres, du vent, des côtes. « C’est stressant de rouler. T’as pas le temps de penser à autre chose », me dit l’un d’eux. Pas de philosophie ici; que de vrais pragmatiques.
Un rouleur qui écoute de la musique a aussi dit être de ce type. «Quand j’écoute de la musique, c’est comme si j’étais sur l’autopilot. Je ne pense à rien, je fais juste pédaler. »
Les idéalistes
Lunch de l’après-midi, du sommet des chutes Kakabeka. Le lieu est inspirant, c’est l’occasion rêvée de causer métacyclisme. Un jeune dit faire le périple pour se trouver seul avec lui-même, pour penser. À son futur entre autres : « Je veux trouver ce que je veux faire dans la vie. Je veux trouver une direction ». « Alors, après trois jours, tu te diriges où ? » Haussement d’épaules de sa part; « t’inquiètes, il te reste 11 jours. Tu devrais trouver. » J’aurais dû parler en termes de coups de pédales – «t’inquiètes, il te reste 316 800 coups de pédales. Tu devrais trouver »; c’aurait été autrement plus inspirant.
Les bucoliques
Ceux-là ressemblent aux idéalistes. Mais ils observent plus qu’ils ne pensent, scrutant les bords de la route à la recherche d’animaux. Notez qu’ils sont patients, la faune sauvage n’ayant pas tendance à s’exhiber au grand jour. Néanmoins, on peut dire qu’ils ont été choyés, plusieurs animaux ayant été répertoriés jusqu’à maintenant : des orignaux, un renard, un puma (ou chat sauvage, les versions diffèrent), une chèvre et son chevreau, des faucons, un ours. Seul bémol : je soupçonne le soleil plombant d’amener certains cyclistes à s’embraser dans des fabulations bestiales. Notamment pour le puma.
Comme vous le voyez, l’analyse reste sommaire. Et non-exhaustive, bien sûr. Mais je tenterai au fil des jours d’approfondir mon analyse pour vous permettre de bien saisir la dynamique cycliste.
Et le tour en soit, comment ça va, que vous vous demandez ? Bien. Très bien, en fait.

3 commentaires:

  1. J’aurais tu faire ce périple, ça m’aurait permis pour une fois de penser à rien.
    GO OLIVIER GO, À NON C’EST GO HABS GO! Que l’on doit dire!

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  2. Je me demande à quoi on peut bien penser aussi quand on conduit à 30 km par heure derrière 30 cyclistes!!!
    Je me demande aussi si on finit pas par voir des pumas quand on donne 316 800 coups de pédale à la journée!
    Quant à Véro,elle risque de m'annoncer dans quelques jours qu'elle veut partir faire le périple à vélo pour ne penser à rien!! Dans ce cas-là, j'espère que tu sais monter le journal, Olivier car je t'en tiendrais responsable !!! :-) Ça l'a fait rêvé toute la journée d'avoir 15 jours où ellepourrait ne penser à rien!!!

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  3. Nice photo quand tu es en bicycle collègue! Non seulement tu tiens un super blog, mais en plus tu as les qualités du sportif!
    Et puis alors, toi, pendant ces 166 kms (? de mémoire...), à quoi as-tu pensé??!!!!
    En tous cas, j'étais pas mal étonnée (et sceptique) de voir que les gens ne pensaient à rien ou presque... Moi, avant même de commencer à marcher ou faire du vélo, j'ai déjà pensé à des milliers de choses et inventé des millions d'histoires dans ma tête! I guess que je pense pour les autres, en fait...
    Bref, tiens-nous au courant de la suite de ton enquête et/ou de tes futures enquêtes, parce que c'est vraiment le fun de te lire.
    Bonne suite de périple, bientôt le J-10 fatidique!!!

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